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  • Photo du rédacteurParlons.anges

De l'horreur qui nous hante

Comment vous dire cela ? De l'horreur des obsèques qui me hantent. Sept semaines déjà, ma fille, qu'il m'a fallu moi-même te mettre en terre. Sept semaines que, tant mal que pis, la vie reprend pourtant. Puisqu'il faut qu'elle reprenne.


Alors, tout les matins, effacer les cauchemars de la veille, s'enfuir, courir sur la corniche, pour retrouver le goût de l'exercice, et à chaque foulée, un peu plus longue, ton ombre se dissipe le temps d'une journée. Je cours. Pour oublier les pleurs. Comme on se baigne au vent pour se laver des idées noires. Parfois, le temps s'arrête, et son aiguille porte ton nom. Alors je cours plus fort, à défaut de plus loin. Aucune distance, ma fille, ne sera suffisante pour combler ton départ.


Après, durant le jour, porter le masque du sourire. Ne plus appesantir toutes les conversations d'un seul et même sujet : le tien. Celui de ton décès puisqu'il faut parler cru, celui de ton absence. Ta perte si soudaine, ma fille, à l'heure de ton premier soupir qui n'est jamais venu, cette perte, vois-tu, est une amputation. Cette partie de mon être s'est enfuie avec toi.


Enfin le soir, enfin la nuit. Je dépose mes sourires au creux de l'oreiller et les range pour demain. Mon sommeil incrédule me ramène près de toi, au lieu des funérailles. La froideur de ton corps trop petit dans mes bras. De ta main dans la mienne. Emmitouflée de tes habits de baptême, ceux-là qui tristement t'auront couverte pour un ailleurs.


Et quoique le soleil revienne, car inexorablement voilà qu'il reviendra, je garde toujours contre ma peau le souvenir intact de ta pauvre fraîcheur. Ce matin là, qu'il a fallu que nous scellions, toi et moi, une pierre à ton nom.


Berceuse,

une stèle bien trop petite,

tu t’appelais Alma.


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