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  • Photo du rédacteurParlons.anges

Printemps précoce

Ce jour là, se souvenir de ce jour là, en cette heure matinale où viennent les enfants, en cette heure matinale où se baignent à la fois le soleil et la lune.


Dans cette aurore naissante, quelques rayons lunaires venaient tout doucement éclairaient nos visages. C'était un matin doux, où cette journée de mars promettait ses possibles, comme un printemps précoce à la maternité. Une journée de mars qui tenait tout entière l'avenir et l'univers, le premier jour du monde, son dernier jour aussi.


Il y avait pour cet homme qui serait bientôt père, je crois que c'était moi cet homme, enfin que c'était encore moi, que j'étais encore lui, il y avait pour cet homme la lune, elle aussi toute entière, le soleil, lui aussi tout entier, les étoiles, elles aussi, toutes entières réunies, toutes ensemble, dans les sueurs perlantes d'un enfant à venir. Sa fille. La nôtre. La mienne.


C'était donc à la fois le printemps, et à la fois l'hiver, à la fois le solaire, à la fois le lunaire, à la fois les nocturnes d'un piano de Chopin et le chant matinal offert par les oiseaux. C'était tout à la fois, et ce serait bientôt et la vie et la mort dans un seul et même souffle, celui qui ne vient pas.


Longtemps après l'annonce, longtemps après avoir tenu son enfant dans ses bras, et cousu sous sa peau comme un fil éternel qui la retient à elle, longtemps après les pleurs, mais pourtant le même jour, partir, seul, filer dans sa chaumière, et choisir les habits à mettre à son enfant. Ce sera la seule fois qu'il pourra l'habiller. La seule et unique fois, avant de la coucher dans la terre nourricière. Voilà donc la nourrice, voilà donc la poussière qui nous reprend déjà, et voilà donc sa fille qui le précède ici dans une éternité.


Longtemps, longtemps plus tard, près de 365 jours après que cette terre a tourné sur elle même, longtemps donc, alors que mars arrive, il se souvient de ce jour là. Il se souvient de cette étole, de ce nid d'ange, qui habillera toujours le coeur de son enfant, comme la lune, même encore ce jour là, habillait le soleil par son manteau d'étoiles.


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