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  • Photo du rédacteurParlons.anges

Suture

Suture.


Ma fille, mon bébé, ma toute petite Alma, toi qui n'aura connu l'air du monde qu'un instant, si court que cet instant n'aura jamais suffit à remplir tes poumons, et si court que ta peau n'aura connu jamais aucune cicatrice, ma fille, enfant parfait que la vie, même la vie, n'était pas assez pure pour venir t’abîmer. Si pure que ton cœur et ta peau se sont inscrites immenses à notre éternité.


Ma fille, pourtant, nulle trace, nul chemin, n'existe sans imprimer sa marque, sa propre marque, sublime et si petite, pareille à ton image. D'abord une cicatrice, au ventre de ta mère. Puis une autre, dans la terre, couverte maladroitement par quelques fleurs d'hiver qu'on pose à la Toussaint. Puis une autre, une autre. Encore une autre, en surface, sur ma chair, sur la peau de ton père, trois tatouages qui encrent pour toujours l'ancre de ton passage. Des cicatrices, et des fissures, et tout au bout, tout à la fin, quelques fils de suture qui me relient à toi.


Cette suture, vois-tu, je ne m'en déferai pas. C'est le fil éternel, c'est le rayon de lune qui n'est plus seule douleur mais qui se fait tendresse. C'est une boucle de cheveux, c'est un bout de nid d'ange, c'est une fleur silencieuse qui porte ton absence, c'est le fil des ancêtres qui t'accueillent en leur ronde, c'est une petite peluche qui me rassure la peau.


Mille fils, mille perles, mille vies. Mais au milieu du tout, au milieu du grand tout : une suture, et une seule, qui porte ton prénom.





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